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Comment devenir un bon développeur freelance ? L’interview de Nicolas Martignole

Nicolas Martignole

Nicolas a 6 ans d’expérience en tant qu’indépendant. Il développe beaucoup en ce moment avec le langage Scala. Mais il est aussi l’un des fondateurs de Devoxx France, qui rassemble plus de 1500 développeurs. Il est le rédacteur du blog Le Touilleur Express.

Peux-tu nous décrire en quelques mots ton parcours ?

J’ai commencé à écrire des articles sur mon blog Le Touilleur Express fin 2003 et c’est un peu dans ce blog que figure mon cheminement vers le statut d’indépendant. J’ai d’ailleurs, comme toi, fait pas mal d’interviews à mes débuts, parfois avec des freelances. À l’époque, il n’existait pas encore de JUG (Java User Group) ou autre « users groups ». La communauté n’était pas très connectée.

Sinon, j’ai commencé en 1997 en passant d’abord 5 ans dans deux startups, puis 6 ans chez Reuters, dans la finance. En 2008, des gens sympas, comme Antonio Goncalves, ont commencé à organiser des soirées JUG à Paris. Dans ces soirées, j’ai beaucoup apprécié la culture qui y était véhiculée et cela m’a boosté pour devenir indépendant. Je suis passé indépendant en août 2008, en débutant cependant par une mission classique de service, via un portage, pour une banque, jusqu’à la fin 2009. Ensuite une petite aventure de startup dans le monde médical, avant de retourner travailler un an pour une autre grosse banque. Vacciné des missions de service, j’ai commencé à chercher en 2011 des missions du côté des startups. J’ai débuté en Scala en mai 2011, avec Alexis Agahi. Puis Zaptravel de mai 2012 à début 2014. En ce moment, je travaille avec 3 clients différents.

Depuis, j’effectue différents types de missions en développement & autres : missions longues ou courtes, organisation de Devoxx France, conseil technique, coaching technique, formation, recrutement, CTO par intérim, etc. Cela donne une facturation en dents de scie, mais c’est volontaire, j’aime la diversité.

Mais je développe 70% de mon temps et je suis encore en mode « Se faire plaisir ! ».

Qu’est-ce qui fait que cela fonctionne pour toi en tant que freelance ?

C’est assez contradictoire, mais lorsque tu es indépendant, si tu veux que cela fonctionne, il faut accepter de dépendre des autres développeurs ou clients. C’est important de se faire voir par les autres développeurs et surtout de rencontrer et discuter avec la communauté des développeurs. Cela prend du temps, mais au bout d’un moment, ça paye. Paradoxalement, l’organisation de la conférence Devoxx France a peu de retombées sur mon activité (clients ou contacts), les clients avec lesquels je travaille n’étant pas développeurs directement.

Cela fonctionne aujourd’hui, car j’ai fait beaucoup de présentations et de conférences, pour des JUG depuis que je suis indépendant. Plus de 30 conférences, j’ai donné des keynotes, voyagé en Europe et au Canada. Cela représente un investissement qui permet d’abord de rencontrer d’autres développeurs, tout en se tenant informé de l’évolution des technologies.

Malheureusement, cela ne suffit pas. Les clients avec qui je travaille ne sont pas intéressés directement par la partie communauté de mon activité. Ils ont d’abord des problèmes qu’il faut régler et je suis là pour les aider. Le buzz des conférences n’est pas suffisant pour trouver des clients. Par contre, lorsque tu rencontres des développeurs chez tes clients, c’est là que tu seras reconnu et que cela fonctionne.

D’autre part, ça fonctionne pour moi, car je continue à évoluer techniquement. Même si je faisais beaucoup de Java jusqu’en 2011, j’ai fait maintenant le choix de développer en Scala depuis mi-2011, ce qui marche d’ailleurs vraiment bien pour mon activité de freelance.

En plus, comme le dit également David Gageot, Paris est aussi un facilitateur, il y a des conférences tout le temps et tu peux croiser du monde à longueur d’année. Nous avons accès à un ensemble de groupe d’utilisateurs (Paris Scala User Group, Paris JUG, Paris Android, Google Developer Group, JDuchess) et de conférences (Scala.IO, DroidCon, dot.JS, Devoxx France…), ce qui représente autant d’occasions pour rencontrer du monde.

En tant que freelance, il est indispensable d’investir du temps dans ces conférences. Ne serait-ce que pour évoluer techniquement, mais surtout pour rencontrer du monde et se faire connaitre. C’est un investissement au même titre qu’une formation payante.

Travailles-tu avec d’autres freelances ?

Oui, j’ai travaillé avec d’autres freelances sur différents types de projets. Il y avait même une équipe où étaient mélangés freelances et salariés en SSII lors de ma première mission en 2008.

Mon expérience avec ZapTravel à ce niveau-là était faite exclusivement de collaboration avec des freelances. Le CEO étant Australien, il ne voulait pas s’embêter avec des salariés en France. Nous étions donc tous en contrat avec lui. Au final, j’ai constaté à quel point c’était flexible. Et si demain je crée ma propre startup, je pense que je ferai en sorte de chercher à travailler d’abord avec des indépendants, pour ainsi pouvoir me concentrer totalement sur l’idée et non sur la gestion du personnel. Je pense d’ailleurs que cela sera de plus en plus courant dans les années à venir, on aura ce pattern : startups = freelances.

D’ailleurs, je conseille à tous les développeurs qui ont au moins 5 ans d’expérience et ayant cette opportunité, de franchir le pas et de se lancer en tant qu’indépendant : il ne faut pas hésiter !

Par contre, le réseau des indépendants nommé les Zindeps, dont je fais partie, ne ramène pas vraiment de clients. C’est plutôt moi qui en ramène aux autres ! Et comme dit, il y a environ 3500 développeurs Java sur Paris, c’est aussi un réseau intéressant.

Quels sont les tarifs journaliers moyens pratiqués pour quelqu’un de ton expérience ?

Je suis un cas particulier. Mon tarif n’est pas figé, je choisis mes clients en fonction du projet plus que du tarif et cela avec des prix très ouverts, tout en gardant un oeil sur ma trésorerie. Le tarif, pour moi,  ce n’est pas le plus important. Si, par exemple, je sais que je vais apprendre une nouvelle technologie, alors je suis prêt à accepter des tarifs plus bas, c’est différent, bien sûr, si je fais du Scala, car « dans ce cas là », j’apporte mon expertise. Et je peux dire oui à une mission qui me plait même si le tarif est assez bas. Donc mon tarif peut varier entre 400 et 750 €.

Mais lorsque je fais du conseil technique pour les fonds d’investissement, ça n’a rien à voir, j’applique un tarif plus élevé. Et lorsque je fais du recrutement ou de l’infrastructure non plus d’ailleurs. Si on devait tracer mon tarif sur une courbe de temps, on verrait que c’est en dents de scie.

J’ai remarqué qu’au début, on a des difficultés à quitter cette notion de salaire, mais c’est normal, on a tous plus ou moins baigné dedans, on est formaté. Cependant, c’est vraiment différent, il faut apprendre à gérer sa trésorerie, provisionner de l’argent, augmenter en trésorerie, ne pas tout dépenser d’un coup et prendre des décisions en fonction de celle-ci : faire une conférence, se former, acheter régulièrement une machine, etc. J’ai mis un an à désapprendre mon salariat de 11 ans. C’est une véritable culture qu’il faut apprendre au fur et à mesure.

De plus, si je devais évaluer un indépendant, je ne regarderais pas uniquement son TJM, mais je regarderai aussi son chiffre d’affaires. Car on peut avoir un gros tarif et pas énormément de CA, si on ne travaille par exemple que 30 jours dans l’année. Mon C.A est entre 90 et 110kEUR par an, ce qui donne une idée plus précise, je pense, du temps que j’effectue avec mes clients.

Même si le chiffre d’affaires et la gestion de la trésorerie sont différents d’un salaire, je peux dire que je suis au niveau d’un salaire de CTO.

Voici plusieurs pistes pour établir son tarif au plus juste :

  • Adapter son tarif en fonction de la mission ou du client, par exemple si la mission est de 6 mois (ie. mission à la BNP) alors on peut revoir son tarif à la baisse. Vous avez une sécurité, pas d’efforts commerciaux à faire. Et c’est différent s’il s’agit d’une startup où les délais sont plus courts.
  • Le tarif doit être ajusté avec la concurrence, il ne faut pas hésiter à demander les prix des freelances autour de soi. Sinon Hopwork est un bon indicateur du tarif que l’on peut s’accorder, il suffit de regarder ce que les concurrents pratiquent en général.
  • Cadrez précisément votre rôle, votre responsabilité, et la part d’incertitude, afin que votre TJM proposé reflète (ou non) ceci.
  • Il faut offrir de la flexibilité au client, il faut faire de la négociation commerciale : le produit c’est vous, vous devez apprendre à vous vendre !
  • N’hésitez pas à faire des durées courtes pour débuter (5 à 15 jours). Grâce à cela, pour VerifPro, une petite mission de 10 jours est devenue un contrat de 110 jours au final.

Que conseilles-tu à quelqu’un qui veut devenir freelance et à celui qui vient de se lancer ?

Avant de se lancer, il faut trouver un client. Préparer les entretiens, avoir un  accord écrit sur une durée et un projet. Puis, seulement commencer en auto-entrepreneur et au bout d’un mois et demi, changer de statut pour un statut plus adapté.

Pour celui qui vient de se lancer, je lui conseillerais de faire une radiographie de ses compétences en comptabilité, en écriture d’articles pour des blogs, en gestion d’entreprise, en marketing, etc. Quels sont vos points forts ? Quels sont vos points faibles ? Papiers ? Compta ? Commercial ?

Il faut vraiment monter en compétence sur ces domaines ou alors payer quelqu’un pour le faire, ou se faire aider par ses proches. Par exemple, au niveau de l’organisation, mon épouse est très douée, c’est appréciable d’avoir parfois son aide !

Il faut savoir que la gestion de l’entreprise au sens large, c’est du travail en plus, il faut bien s’organiser. De plus, il faut trouver un bon expert comptable et un expert fiscaliste.

Il faut payer un juriste pour faire des contrats de qualité, car cela rassure ses clients. Moi, j’ai un contrat béton : super carré.  Et cela évite les problèmes d’impayé. Même si des fois il peut y avoir des retards de paiement, j’ai toujours était payé.

En France, il n’est pas rare de rencontrer des sociétés qui payent à 60 jours, ce qui pour moi est une aberration. Dans ce cas-là, il ne faut pas hésiter à négocier, si le projet est intéressant et, par exemple, accepter de baisser son tarif si le délai de paiement est réduit.

D’autres conseils :

  • Faire des cartes de visite sympas peut paraître dépassé, mais bien utile pour garder le contact avec les gens que l’on rencontre dans les conférences. Mentionnez votre blog, votre compte Twitter, votre portfolio, etc.
  • Il ne faut pas dire non à des missions d’une dizaine de jours, il arrive très fréquemment qu’on fasse plus de jours après. C’est du vécu.
  • N’hésitez pas à parler dès le premier rendez-vous de votre tarif avec votre futur client. Vous n’êtes plus un salarié qui passe un entretien, mais un prestataire qui propose ses services. Imaginez  un supermarché, ou le prix ne serait connu qu’à la caisse…

Quelques ressources à lire :

Un des articles les plus populaires de mon blog :
http://www.touilleur-express.fr/2009/10/21/les-revenus-dun-informaticien-independant-en-eurl/

Une petite réflexion si vous voulez devenir « chef de… » et quitter le monde du développement :
http://www.touilleur-express.fr/2009/07/27/senior/

Trouver ses premiers clients :
http://www.touilleur-express.fr/2009/10/22/trouver-des-clients/

Les différents statuts juridiques (demande peut-être une mise à jour) :
http://www.touilleur-express.fr/2009/10/20/les-differents-statuts-juridiques-pour-les-independants-en-informatique/

 

Merci, Nicolas, pour tes conseils précieux qui serviront à la communauté de FreelanceBoost.

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Xavier est développeur pour Startup. Il a 10 ans d’expérience dans le développement d’application web et mobile. Il aide les Startups à concevoir des produits optimisés en vue de l’adoption utilisateurs. Il les conseille en sélectionnant avec eux les meilleures fonctionnalités du produit. Il fournit un service à valeur ajoutée dès le premier jour de collaboration.

Voir son site
  • http://weclain.com/ Alexandre Clain

    Merci de ce retour d’expérience !

  • http://coreight.com/ Coreight

    Très intéressant, merci !

  • Easy Partner

    Bonjour,

    Retour d’expérience très constructif ! Easy Partner a réalisé une infographie indiquant les informations utiles et nécessaires pour devenir Freelance : plafond de chiffres d’affaires, taux de charges et procédure administrative. L’infographie ainsi que tous les détails sont disponibles ici :

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